Ce matin j’ai eu trois heures de cours. A midi et demi, je quittai l’amphi et me dépêchai au resto où j’ai servi des lentilles que j’ai mangé avec du pain et sans…cuillère. Dix minutes plus tard, je sortis du resto et me hâtai vers Hesnaoua, alors que j’étais à Bastos.
A 12:55 je fus à La salle de conférence, assis dans la troisième rangée et attendais impatiemment l’apparition du Maitre Ali Yahia Abdenour, fondateur en 1985 _et longtemps président_ de la ligue algérienne de la défense des droits de l’Homme (LADDH) et actuellement président d’honneur de la ligue, qui fut sensé aborder le thème : «Les droits de l’Homme au sein de la crise algérienne ».
A 13:30, enfin, il « sortit des coulisses » accueillit par d’intenses et corrects applaudissements jaillis d’une salle archicomble où des étudiants se sont vus s’asseoir à même le sol. Il a été accompagné par le président actuel de la LADDH ainsi qu’un membre de la ligue.
Il prit, naturellement, en premier la parole, et ce pendant une quarantaine de minutes. Une courte intervention, certes ! Mais dans laquelle il nous a « envoyé » un tas de messages pleins de « morale », de vives suggestions et de mises en gardes. Des messages que l’assistance n’a certainement pas complètement reçus par manque d’approfondissement et d’étalage des sujets abordés…on aurait cru assister à un cours accéléré.
Très souvent, il lançait à l’assistance « Retenez cette phrase :… » Une phrase qu’il répétera deux ou trois fois :
Il commença par « retenez ceci : Un militant des droits de l’Homme doit défendre toute personne privée de sa liberté et de ses droits, quelque soit son parti politique ou son idéologie ». Il faisait surement référence au fait qu’il fut avocat de Ali Belhadj en 1991, l’un des fondateurs acharnés du FIS. Un fait que beaucoup de gens lui ont reproché. Puis il dit, en abordant le sujet de Tamazight : «retenez bien cette phrase : Tamazight c’est sur trois plans : identitaire, linguistique et culturel » et qu'ils sont indéssociables.
Il parla de la femme algérienne et lui rendit, exagérément, à mon avis, hommage en disant que « si l’homme est la tête du foyer, la femme en est le cou » ou encore « Le don de la femme algérienne c’est qu’elle entend sans forcement écouter, ce qui lui a permit de supporter les hommes algériens toute leur vie car un homme algérien ça raconte des histoires ! » puis il ajouta : « Pourquoi la femme en Algérie réussit mieux que l’homme ? C’est parce que le temps qu’il passe dans les cafés et les divers sorties, la femme le passe à travailler à la maison (étudier notamment) ».
Sur ce dernier point je me suis dis qu’il n’est pas vraiment à jour puisque les chances pour un homme et une femme de réussir à l’école sont exactement les mêmes mais rien n’empêche que cela fait deux années que je me suis promis d’adresser la parole à une fille à chaque fois que je la vois lire un journal (sans prendre en compte l’Horoscope) et cela n’ai arrivé que…deux fois ! Et c’est vrai !
Pour finir, il parla de Bouteflika, ne mâcha pas ses mots quand il s’agit d’évoquer ladite réconciliation nationale qui s’est faite d’une manière superficielle, sans réelle étude de la situation…il parla brièvement de comment s’est faite la réconciliation dans des pays comme le Chili, l’Argentine et l’Afrique du sud. Il condamna le fait qu’on ne sait toujours rien au sujet des disparus de « la décennie noire » et demanda à ce que « leurs corps soient rendues à leurs familles pour qu’elles fassent le deuil s’ils sont morts et qu’on les fasse réapparaitre s’ils sont toujours en vie ».
Au sujet du troisième mandat de Bouteflika, il dit que ce dernier « est malade » et qu’il « ne pourra pas se présenter aux prochaines élections car il n’est pas en mesure de parcourir les Wilaya du pays pour sa compagne électorale et de subir toute la pression de cette dernière» mais il précisa que ce n’est pas pour cela que le président lâchera prise, il dit : « A mon avis, le président procédera prochainement à une révision de la constitution afin, notamment, de modifier la durée du mandat présidentiel, en le passant de cinq à sept ans. Ainsi, il ne verra la fin de son mandat qu’en 2011 et non en 2009 »
Le plus beau passage, celui qui a fait le plus de plaisir à l’assistance en tout cas, c’est surement lorsqu’il a demandé aux étudiantes, présentes dans la salle, de « choisir elles-mêmes leurs futurs maris » et aux étudiants de « se marier aux étudiantes car ils ont la même vision des choses » et puis nous lança : « aimez-vous entre vous étudiantes et étudiants! » et cela après qu’il ait déploré le fait que sa femme à lui c’est ses parents qui la lui ont choisit.
Le président de la LADDH a ensuite prit la parole en kabyle puis soudain balança dans l’arabe "classique" (celui de l’école) et non algérien. L’assistance fut ébahit un moment et un bruit de commentaires à peine chuchotés s’y souleva…Un quart d’heure plus tard, je me levai et rentrai à grand pas vers Bastos, une fois de plus sous une grande émotion. Arrivé là, je me rendis à l’amphi F tout essoufflé pour assister au cours de l’architecture des ordinateurs.