Après « La colline oubliée », c’est « L’opium et le bâton » que je me suis vu achever cet après-midi. Et comme le premier, je fus envahis d’une grande émotion à la fin du roman…Il raconta, entre autre, l’histoire d’un village kabyle « Tala » qui a finit par être détruit par l’armée coloniale française durant la guerre d’Algérie :
« Un deuxième obus passa au dessus de leurs têtes. Les derniers qui n’étaient pas encore sortis du village eurent le temps de voir voler en éclats le minaret …».
Le minaret d’une mosquée qui a vécu 5siècles fut rasé d’un seul coup d’obus, ce qui rejoint ce qu’a dit Da Mouhand, un vieux villageois, lors d’une assemblée du village alors qu’il faisait ses adieux à tout le monde pour repartir en France, et s’adressant aux jeunes qui étaient présents _ils n’avaient guère plus de 16ans : « Ce village s’est fait lentement. Les ans et les générations, les soleils et les pluies, les guerres et la paix, les larmes, les retours du printemps, les rires, les douleurs secrètes, les ambitions folles, les folles joies, les rêves enfouis, le cal des mains, la sueur des fronts et les pieds raclant nus sur les pierres ont modelé ce village qui ne ressemble à nul autre. Ce que des siècles ont fait il suffit _ ffffff (il souffla sur ses doigts) _ du vent d’une nuit pour le détruire, que ça soit la nuit du soleil ou celle de vos esprits… »
Dans les premières pages du roman, voilà ce qui a été écrit : « Depuis trois ans, nous sommes recherchés, emprisonnés, battus, torturés, accommodés à toutes les sauces, tués de toutes les manières, pour que nous nous rendions… à la raison ou à la force. Séduire ou réduire, mystifier ou punir, depuis que le monde est monde, aucun pouvoir n’a jamais su sortir de la glu de ce dilemme ; tous n’ont jamais eu à choisir qu’entre ces deux pauvres termes : l’opium et le bâton. »
Où encore ce discours de Tasadit pour son amant, Ali, un chef à l’armée de libération, alors qu’elle serrait son cadavre dans ses bras : « …Tout le monde dit que je suis belle. Tu ne me l’as jamais dit. Tu n’en avais pas le temps. Peut-être aussi que tes yeux, braqués sur d’autres visions, ne le voyaient pas. Comme je regretterai, ah ! que ce ne soit pas sous le baiser de tes lèvres que mes yeux ternissent, sous les caresses de tes mains que mes seins tombent, sous le poids des mêmes ans que mes cheveux blanchissent juste après les tiens.
Ceux furent quelques extraits pleins de sens et d’émotion, parmi tant d’autres, qui vous font tant sentir revivre les évènements relatés, tant les mots et les expressions furent bien choisis…C’est pour cela qu’on frissonne quand les youyous ont jaillit d’un groupe de femmes après que le Chef Ali fut fusillé dans la place du village, devant tous les villageois. Et c’est pour cela qu’on ressent une haine démesurée pour le harki du village « Tayeb » et c’est pour cela aussi qu’on a le cœur qui bat plus fort et plus vite quand on apprit la mort du grand chef de guerre Amirouche.
Demain je vais entamer la lecture d’un nouveau livre, qui va peut-être me confirmer d’avantage mes pensées, me donner de l’assurance en conséquence et mettre fin à mes quelques doute sur le sujet. C’est « Question Kabylie » de Ferhat M’henni, le fondateur et président du MAK (Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie)…J’en attends énormément de ce livre et j’espère ne pas en « sortir » déçu.